Tout dort paisiblement, sauf l’amour
Claude Pujade-Renaud
Le roman, sous forme de journal à quatre mains,
commence dans les Antilles danoises et se termine à Copenhague, du milieu du 19e siècle au début
du 20e.
Régine, mariée à Frederik, le Gouverneur des Antilles danoises, a été la
fiancée délaissée de Søren Kierkegaard et partage ses souvenirs, réflexions,
impressions de lecture… du moment où elle apprend la mort de ce grand penseur
jusqu’à la fin de sa vie.
Sans connaître ou avoir lu Kierkegaard, j’ai
aimé les réflexions, modernes et romantiques à la fois, de cette femme
vis-à-vis non seulement du « génie » de la famille Kierkegaard-Lund,
mais aussi des légendes familiales, des superstitions, voire malédictions,
auxquelles son fiancé lui a permis d’échapper, au fond. Le style apparemment
simple – comme la Sonate « facile » de Mozart que Régine joue au
piano – permet de partager sans voyeurisme l’intimité psychologique et
intellectuelle de cette famille : Régine la muse, son mari Frederik grand
lecteur de Kierkegaard et victorieux dans sa lutte contre l’esclavage,
Henriette la nièce du génie, Henrik le petit-neveu révolté, puis Troels la
troisième génération… tous subjugués par la figure du penseur tourmenté.
Claude Pujade-Renaud a soigneusement lu
Kierkegaard, jusqu’à sa correspondance, pour construire le roman de ses
proches, et le tout est émaillé de citations (dont le titre même du roman) et
de musique pour piano : Mozart, le préféré, mais aussi bien sûr Schubert
(dont les thèmes des lieder
imprègnent
la mythologie familiale), puis plus tardivement Schumann. Les contes y ont
aussi leur part, quasi psychanalytique, non moins qu’une variété d’oiseaux dont
Kierkegaard enviait
la liberté.
Sylvie
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