29 janvier 2014

Réparer les vivants

BY Médiathèque IN No comments





Simon Limbres. Un accident de van, après une virée en surf, a laissé le jeune homme mort sur le bitume. Il gît dans une salle de réanimation qui ne mérite pas son nom, puis­que l'espoir n'est plus. Quoique. L'histoire montrera que la pensée magique peut prendre mille formes. Et la vie, palpiter de mille façons.
A commencer par l'écriture, que Maylis de Kerangal a toujours eue parti­culièrement belle et endurante. La romancière aime dérouler ses phrases épidermiques et aériennes dans des huis clos rugueux sur fond de décors faussement rédhibitoires : elle s'installe dans un hôpital, avec son « sol de patinoire, et ses portes qui battent plusieurs fois dans le vide après chaque passage » comme un coeur incapable de s'arrêter. Une fois de plus, elle impose son sens de l'espace, cocon en construction permanente, où chacun lévite ou se love, erre ou se cache. Elle explore tous les interstices qu'offre l'univers, depuis les vagues de la mer, où s'ébroua le défunt avant sa mort, jusqu'à l'intérieur des corps abîmés par la maladie, le deuil, le travail, et pourtant sources d'inextinguible énergie.
Le héros est mort, donc, et les vivants presque sans visage. Pourtant, une vibration intense agite tout le livre, une pulsation cardiaque rythme le texte entier. Les personnages ne sont pas des ombres, ils sont des organismes en vie, tout simplement.
Si les phrases semblent ne pas s'arrêter, si elles s'étirent comme des notes de musique tenues jusqu'à l'impossible, c'est qu'elles sont proférées dans un souffle unique, luttant contre la mort, retardant toujours l'extinction finale. Maylis de Kerangal a inventé la langue du sauvetage, elle pratique l'écriture du massage cardiaque, en vagues énergiques et répétées, jusqu'à l'hyperventilation. Les mots se passent le relais, portés dans des phrases pleines de ramifications comme un circuit veineux, et un roman sanguin trépide sous nos yeux. Un livre promis à circuler de corps en corps, de cerveau en cerveau, porteur de vie.
Notre avis : Maylis de Kerangal confirme à chacun de ses livres son immense talent d’écrivain. Lisez « Réparer les vivants » et si ce n’est pas déjà fait, lisez ses autres ouvrages :Tangente vers l’Est , Naissance d’un pont .

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